La société des emmasqués que masque-t-elle? Pour Freud, contrairement à ce que voudrait le sens commun, le sentiment de culpabilité (inconscient) n'est jamais si vif que lorsque le sujet jouit de son sacrifice à l'idéal moral. Cette jouissance ignorée du “moi”, qui nourrit le “surmoi” des renoncements mêmes qu'il exige, Freud en présente la découverte comme l'apport spécifique de la clinique psychanalytique à la question de l'éthique: le “Triebverzicht”. C'était aussi l'intuition de Nietzsche qui imputait au “training de la pénitence et de la rédemption”, qu'il appelait “le délire collectif des enragés de la mort”, et dont il stigmatisait “le cri atroce, Evviva la morte!” (La Généalogie de la morale, III, 21, p. 331, NRF, 1971)
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“Ceux qui sont dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter.”
(Primo Levi - Si c'est un homme)
Depuis le 13 mars 2020, la population française se trouve prise (sans le savoir) dans une “expérience de Milgram” en grandeur réelle: après l’imposition du camp de concentration généralisé et les applaudissements de 20h aux fenêtres, le grand test de soumission à l’autorité vient cet été de franchir un nouveau cap avec “l’obligation de porter un masque” y compris dehors, dans certaines rues…
Cette soumission pathologique à l’autorité, telle que l’avait relevée Stanley Milgram lui-même, est d’autant plus saisissante que toutes les études sérieuses sur les masques chirurgicaux (cf. infra) sont accessibles en ligne, démontrant qu’au mieux le masque est inefficace pour lutter contre la transmission du virus, mais le plus souvent il est néfaste et même toxique, sans parler des conséquences désastreuses sur la relation intersubjective qui est à la base de l’humanisation et au fondement du lien social. Au point où la Suède, le Danemark, les Pays-Bas… ont renoncé à imposer le “port du masque” y compris dans les transports en commun…
Pourquoi cette jouissance de la peur est-elle si répandue dans nos sociétés du capitalisme numérique, et particulièrement en France?
Jouir de la peur c’est toujours jouir de la peur de jouir.
C’est à dire de pâtir. La contradiction inhérente à cette jouissance névrotique de l’hypocondriaque est à rapprocher de ce que Lacan a épinglé de “jouissance de l’Autre”.
N’oublions pas que le pervers est celui qui se fait l’instrument de la jouissance de l’Autre.
La jouissance de l’Autre, Lacan l’écrit J(A) en désignant ainsi le lieu de la science: «Pour ce qui est de la jouissance de l’Autre, il n’y a qu’une seule façon de la remplir, et c’est à proprement parler le champ où naît la science.» Comment la science occupe-t-elle cette place? En «décapant» lalangue et en isolant la lettre. «Ceci [le principe d’identité de soi à soi] ne se produit pas au niveau de l’Autre, mais de la logique. C’est en tant qu’on arrive à réduire toute espèce de sens qu’on arrive à cette sublime formule mathématique de l’identité de soi à soi, qui s’écrit x=x. […] ce n’est qu’à partir du moment où Galilée a fait des petits rapports de lettre à lettre avec une barre dans l’intervalle, et où il a défini la vitesse comme rapport d’espace et de temps, qu’on a pu sortir de tout ce qu’avait d’intuitif et d’empêtré la notion de l’effort, pour arriver à ce premier résultat qu’était la gravitation.»
Pour le parlêtre, «cette jouissance de l’Autre […] n’existe, ne saurait exister que par l’intermédiaire de la parole» – J(Ⱥ).
Par contre, pour la science, un autre enjeu advient : «la lettre, c’est uniquement à partir de là que nous avons accès au réel» .
Alors J(Ⱥ) (J de A barré – inconsistance du grand Autre) ou J(A) (J de A - jouissance du grand Autre de la science)?
Le psychanalyste a toujours déjà tranché.
«La vérité du désir est à elle seule une offense à l'autorité de la loi.»
(Jacques Lacan, Séminaire VI - Le désir et son interprétation)
(Publié le 8 août 2020)
Si ça vous travaille, n’hésitez pas à détester cordialement trois ou quatre personnes par jour, parce que si vous ne le faites pas, c’est que vous vous mentez trop à vous-même.
«Je suis l'être le plus pacifique qui soit. Mes désirs sont: une modeste cabane avec un toit de chaume, mais doté d'un bon lit, d'une bonne table, de lait et de beurre bien frais avec des fleurs aux fenêtres; devant la porte quelques beaux arbres; et si le bon Dieu veut me rendre tout à fait heureux, qu'il m'accorde de voir à peu près six ou sept de mes ennemis pendus à ces arbres. D'un cœur attendri, je leur pardonnerai avant la mort, toutes les offenses qu'ils m'ont faites durant leur vie — certes on doit pardonner à ses ennemis, mais pas avant qu'ils soient pendus.»
Heinrich Heine - Pensées et propos (cité par Freud dans Malaise dans la civilisation)
«La menace qui pèse sur le monde est celle d'une organisation totalitaire et concentrationnaire universelle qui ferait […] de l'homme libre une espèce de monstre réputé dangereux pour la collectivité tout entière». (Georges Bernanos)
L’obscurantisme technopolitique s’avance, porté par la passive complicité des oublieux du courage, de l’honneur, de l’esprit, ils ont pris pour prétexte le bien “des autres”, ce “bien” abstrait qui n’est autre en vérité que la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes en train de s’imaginer faire le “bien"… Les personnes bien intentionnées, c’est bien pire que celles qui le sont mal.
Malheur à ceux qui abritent en eux de telles mystifications subjectives.
Bientôt nous allons avoir droit au sketch des tridoses qui accusent les bidoses de les mettre en danger par leur irresponsabilité et leur égoïsme…
Il y a autant d’intelligence dans l’intelligence artificielle qu’il y a de fleur dans la fleur artificielle.
“Je l’ai fait pour voyager… pour aller au restaurant… en boîte de nuit… c’est plus confortable… bla-bla-bla…”
Pour le psychanalyste, lorsque le sujet évoque des circonstances, cela veut dire qu’il a cédé sur son désir.
«Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c'est d'avoir cédé sur son désir.
(…)
Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l'autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l'abri non seulement de la culpabilité mais de toutes sortes de catastrophes intérieures (…).» (Jacques Lacan)
Ce qui fait sens, ce qui compte pour le sujet que je suis, ce n'est pas ce que j'avais l'intention de faire, c'est ce que j'aurai fait.
Si mon désir, en tant qu'il désigne un objet (ou un objectif) - autrement dit un “ce” que je désirerais - est impossible à dire, c'est tout simplement parce que je ne peux l'apprendre qu'après-coup, l’objet du désir ne se confond pas avec sa cause…
Ainsi se sera révélée la fonction du futur antérieur.
Que l'erreur de bonne foi soit, de toutes, la plus impardonnable (Lacan) cela signifie que l'inconscient m'interdit tout recours à une prétendue “bonne foi”, une “intention” ; le “je n'ai pas voulu cela” ne me vaudra jamais absolution, ne me disculpera pas, car ce que j'aurai fait, ce qui résulte de ce que j'ai fait, je l'aurai désiré, au futur antérieur, puisque ce que je désire, je ne peux jamais le savoir à l'avance, ce sont les conséquences qui me l'apprennent.
Ce qu'il aura désiré, l'homme est condamné à ne le savoir qu'après-coup.
Telle est la loi du désir, seule loi impossible à transgresser, par rapport à laquelle toutes les autres lois n'ont qu'un rapport d'horizon, c'est aussi le fondement ultime de l'éthique analytique, induite par la temporalité de l'inconscient “qui ne connaît pas le temps”.
Le désir est une désinence du dire, pour l'être parlant en tant que tel, il n'y a de Loi que de langage. Cela implique que la responsabilité du sujet est infinie.
Dura lex, sed lex.
Et ce n’est pas fini…
Se préparer comme si le combat allait durer pour l’éternité, et cependant ne pas hésiter à porter le coup décisif dès que la faille se présente…
«J'ai toujours honoré ceux qui défendent la grammaire et la logique. On se rend compte cinquante ans après qu'ils ont conjuré de grands périls.» (Marcel Proust)
Le terme même de “passanitaire” ne montre-t-il pas à l’évidence qu’en méconnaissant que ses postures, ses décisions, ses opinions ne sont pas vraiment les siennes mais prennent leur origine dans le jeu des signifiants, le “Maître” reste par définition un imposteur et un pathétique imbécile.
Tant que l’esclave croit pouvoir ruser avec le maître, il en reste indéfectiblement dépendant.
Psychanalyse, savoir et verité
Le savoir du psychanalyste est un savoir sur la vérité.
Vérité du désir, vérité de l’amour, vérité de la jouissance.
C’est avec l’apparition du langage qu’émerge la dimension de la vérité.
La question que le psychanalyste ne doit cesser de se poser, c’est oui ou non, dans ce qu’il fait, a-t-il le sens d’affirmer que la vérité de la souffrance, c’est d’avoir la vérité comme cause?
Le savoir ne vient jamais à bout de la vérité, la vérité met en péril tout savoir Institué.
Le savoir, qui se transmet, c’est une détermination de ce qui s’appelle la science.
La fécondité prodigieuse de notre science est à interroger dans sa relation à cet aspect dont la science se soutiendrait: que la vérité comme cause, précisément, elle n’en veut-rien-savoir.
On reconnaît là les formules d’évitement de la Verwerfung (forclusion), - laquelle viendrait ici s’adjoindre en une série fermée à la Verdrängung, (refoulement), à la Verneinung, (dénégation), et à la Verleugnung (déni fétichiste) à l’œuvre dans la religion et la magie.
Remarquons que l’incidence de la vérité comme cause dans la science est à reconnaître sous l’aspect de la cause formelle, cela n’étant pas sans rapport avec le fait que dans la science, à l’opposé de la magie et de la religion, le savoir se communique.
Encore reste-t-il à préciser que ce n’est pas seulement parce que c’est l’usage, mais que la forme logique donnée à ce savoir inclut a priori le mode de communication comme suturant le sujet qu’il implique.
La vérité gît au point où le sujet refuse de savoir. Entre le monde des choses et le monde des mots qui les représentent, subsiste un écart, et c’est là que se niche ce que Lacan a épinglé du nom de Réel, à ne pas confondre avec ce que nous appelons «la réalité».
Le réel est la grimace de la réalité, la réalité est la grimace du réel.
Il n'existe aucune objectivité “pure”, chacun ne peut voir le monde qu’à travers le prisme de son fantasme (qui lui est strictement singulier, raison pour laquelle il n’y a en vérité aucune concurrence entre les sujets…), le fantasme est la fenêtre spécifique par laquelle chaque sujet voit «le monde», un écran qui à la fois masque et protège l'abîme du désir de l'Autre, et le désir qui se structure à travers le fantasme, est toujours a priori une défense contre le désir lui-même, autrement dit le désir de l'Autre.
Pour concevoir en quoi «le réel est la grimace de la réalité» (Lacan), il suffit d’observer la réaction d’un enfant lorsqu’un adulte met un masque effrayant.
Même s’il sait que derrière le masque il y a un adulte connu, et qu’il le voit mettre le masque, l’enfant continue d’éprouver un effroi sinon un malaise.
Le statut du masque n’est donc ni imaginaire ni symbolique, puisque ce n’est ni ce qu’il représente ni ce qu’il cache (le rôle symbolique que nous sommes supposés jouer) qui produit cet effet sur l’enfant, mais le simple fait qu’il y ait un masque, autrement dit que le masque soit réel.
Ce réel vient menacer, déstabiliser, fissurer la réalité.
Lorsque un chef des tas (qui se prend pour le président mais qui vise le statut de 1er influenceur de France) fait une comparaison entre quelqu’un qui ne veut pas se faire vacciner (en toute rigueur: servir de cobaye à une thérapie génique expérimentale) et un qui veut se bourrer la gueule …et que de surcroît il se permet de traiter ses concitoyens de “débiles”, en “perte de sens"… la seule chose à lui rétorquer c’est que le débile c’est lui, et que c’est lui qui est en perte de sens.
En disant: «c’est celui qui dit qui l’est», les enfants qui disent avec moins de réserve la vérité – dont ils sont plus proches – que les adultes témoignent de la vérité en tant qu’elle est contingente, la contingence, c’est que lorsque tu parles, tu parles de toi, et non seulement tu en dis toujours plus sur toi que sur ce dont tu parles, mais en fait ce que tu dis c’est toi, non seulement c’est toi qui le dis, mais tu es littéralement parlé par ce que tu dis, ça parle de toi.
Prophétiser des catastrophes, c'est — sous couvert de tirer le signal d’alarme — tenter d’en tirer un avantage et jouir du spectacle de soi-même en impuissant ou pleureuse, en attribuant à l’Autre la responsabilité de sa propre inconséquence…
Tenir des propos sur la décadence, c'est se désigner soi-même comme victime de la déliquescence des discours - en reportant sur l’Autre sa propre paresse intellectuelle…
Se proclamer progressiste c’est vouloir faire croire à l’Autre que l’on s’est glissé dans l’histoire des progrès comme un promoteur ou un associé, afin d’y être reconnu comme tel et dûment récompensé…
Diagnostiquer des renouveaux, c'est s’imaginer soi-même candidat à la réincarnation, en attendant de l’Autre le geste de reconnaissance qui sanctionnera ma bonne volonté…
La psychanalyse n’est pas une Weltanschauung, le langage, avant de signifier quelque chose, signifie toujours d’abord pour quelqu’un.
Lorsque un chef des tas (qui se prend pour le président mais qui vise le statut de 1er influenceur de France) fait une comparaison entre quelqu’un qui ne veut pas se faire vacciner (en toute rigueur: servir de cobaye à une thérapie génique expérimentale) et un qui veut se bourrer la gueule …et que de surcroît il se permet de traiter ses concitoyens de “débiles”, en “perte de sens"… la seule chose à lui rétorquer c’est que le débile c’est lui, et que c’est lui qui est en perte de sens.
En disant: «c’est celui qui dit qui l’est», les enfants qui disent avec moins de réserve la vérité – dont ils sont plus proches – que les adultes témoignent de la vérité en tant qu’elle est contingente, la contingence, c’est que lorsque tu parles, tu parles de toi, et non seulement tu en dis toujours plus sur toi que sur ce dont tu parles, mais en fait ce que tu dis c’est toi, non seulement c’est toi qui le dis, mais tu es littéralement parlé par ce que tu dis, ça parle de toi.
Prophétiser des catastrophes, c'est — sous couvert de tirer le signal d’alarme — tenter d’en tirer un avantage et jouir du spectacle de soi-même en impuissant ou pleureuse, en attribuant à l’Autre la responsabilité de sa propre inconséquence…
Tenir des propos sur la décadence, c'est se désigner soi-même comme victime de la déliquescence des discours - en reportant sur l’Autre sa propre paresse intellectuelle…
Se proclamer progressiste c’est vouloir faire croire à l’Autre que l’on s’est glissé dans l’histoire des progrès comme un promoteur ou un associé, afin d’y être reconnu comme tel et dûment récompensé…
Diagnostiquer des renouveaux, c'est s’imaginer soi-même candidat à la réincarnation, en attendant de l’Autre le geste de reconnaissance qui sanctionnera ma bonne volonté…
La psychanalyse n’est pas une Weltanschauung, le langage, avant de signifier quelque chose, signifie toujours d’abord pour quelqu’un.